Once upon a time...

Once upon a time...
« Et mon visage gris,
Quand le matin me prend
En flagrant délit
De perte de temps.
Et mon regard hagard
Lorsque la nuit s'endort
Et que le jour me donne
Tous les torts.
»


La nuit est la preuve que le jour ne suffit pas.
Elizabeth Quin

« C'est à l'heure où s'éteignent doucement les lueurs du jour qu'elle ouvrit tout grand sa fenêtre sur le crépuscule. La bouffé d'air frais qui s'engouffra alors dans la pièce à la chaleur douillette lui arracha un frisson, malgré l'épaisse couette qu'elle avait posé sur ses épaules. Prudemment, elle passa une première jambe au dehors, puis la seconde et enfin, s'assit doucement sur le rebord de ciment. Le froid mordant de cette soirée automnale la poussa à se blottir dans sa couverture, jusqu'à ce que seul son visage, balayé par quelques mèches brunes, n'en dépasse. La ville, illuminée par les feux impassibles des nombreux lampadaires, s'étendait à ses pieds, offrant à ses yeux le merveilleux spectacle de la nuit, la régalant enfin du moment pour lequel, tous les matins, elle consentait à s'extirper de son lit. L'atmosphère, à cet instant, avait quelque chose de tellement particulier qu'elle happa immédiatement toute son attention. Son regard avide s'attarda sur les dernières fenêtres allumées, par lesquelles elle pouvait apercevoir l'éclat blafard des télévisions ou celui, plus faible encore, des veilleuses laissées aux enfants pour en éloigner les mauvais rêves. Elle s'attacha aux vrombissements discrets des dernières voitures, aux aboiements furieux d'un chien agité par le passage d'un oiseau de nuit ou aux sifflements agacés de son maître le rappelant à l'ordre. Elle laissa l'odeur si particulière des fraîches soirées imprégner sa chevelure indisciplinée et envahir les moindres fibres du tissu qui la recouvrait. Tout cela lui appartenait, s'offrant entièrement à elle pour son plus vif plaisir. Un sourire rêveur étira le coin de ses lèvres, alors que, sans la déranger le moins du monde, la porte ouverte de sa chambre se referma violement, entraînée par un malin courant d'air. Plus rien d'autre que la nuit, si majestueuse, si mystérieuse ainsi parée de son manteau noir d'encre ne lui importait. Voilà pourquoi elle vivait, pourquoi elle profitait, jour après jour, des toutes les merveilles que la vie lui proposait. Pour pouvoir, chaque soir, contempler ce que le jour, même magnifique, ne parviendrait jamais à égaler. Pour laisser ses yeux se plonger dans l'infinie sombre du ciel, qui s'emblait s'étendre à n'en plus finir. Pour pouvoir s'attarder sur chacun des astres scintillants qui, peu à peu, s'allumaient au dessus de sa tête, parant la voûte céleste de ses plus beaux apparats. Pour laisser la Lune, cette nuit-là devenue un fin croissant à peine dissimulée par quelques nuages innocents, donner à sa peau vaguement brune le pâle éclat d'albâtre qu'avaient eu, autrefois, les fines mains de ces princesses de comte de fée.
Doucement, sans même s'en rendre vraiment compte, elle se mit à fredonner la berceuse que, si souvent, elle écoutait en boucle avant de sombrer dans le sommeil. Il lui sembla entendre résonner dans la chambre les simple notes de guitares qui accompagnait les paroles qui lui échappaient. Son regard brillant se posa alors sur la simple feuille blanche qui s'imposait à elle comme une évidence, posée sur sa petite table de nuit. A côté, un stylo dont le bout mordillé trahissait déjà de longues années d'existence roula légèrement, malmené par une froide bourrasque, jusqu'à buter contre un tas de papiers, empilés dans un équilibre précaire, tous couverts d'une fine écriture. Les mots s'imprimèrent d'eux-mêmes dans son esprit, comme ils le font sous le sillage d'une plume au bout encré. Un sourire étira ses lèvres, alors que, doucement, elle entreprit de quitter sa fenêtre. Comme toujours, elle ne fermerait pas les volets, pas tant que les limbes profondes du sommeil ne l'entraineraient pas vers elles. Et ce fut, comme chaque nuit, les yeux rivés sur la dernière fenêtre qui s'éteignait, le stylo débouché à la main et une feuille posée non loin, qu'elle se laissa doucement glisser, s'abandonnant sans craintes à l'accueillante étreinte de Morphée. »

# Posté le mardi 25 novembre 2008 13:14

Modifié le mercredi 04 février 2009 14:16

Because there were Coffee & Paris.

Because there were Coffee & Paris.
« Me serrer sur ton c½ur

Pardonner tes erreurs

Jouer de la guitare

Danser sur un comptoir

Remplir un caddie

Avoir une petite fille

Et passer mon permis. »



Être parisien, ce n'est pas être né à Paris, c'est y renaître.
Sacha Guitry

« Il en faut peu pour être heureux... A quoi d'autres puis-je bien penser ? Quelle autre phrase aurait pu me venir à l'esprit ? Parce que, bien souvent, il ne faut pas chercher bien loin pour trouver une vérité, même dans la plus innocente des comptines pour enfant. Il en faut peu pour être heureux. Le vent qui s'engouffre dans mes cheveux ne cesse de me susurrer, encore et encore, cette simple petite phrase, ne me laissant pas un instant douter de son contenu. Je suis bien. Juste bien. Devant la terrasse à laquelle je suis installée, un stand est entrain de se démonter. Je peux encore apercevoir les panneaux de cartons, maintenant empilés et prêts à être emballé. Dessus, les photos d'articles en véritable fourrure contre lesquels, quelques minutes plus tôt, une femme m'a convaincue de signer une pétition en m'abordant dans la rue. Je me souviens encore du sourire qu'elle m'a adressé quand je lui ai rendu son stylo. S'il ne fallait que ça pour lui faire plaisir... Distraitement, je laisse mes yeux vagabonder ou bon leur semble sur le boulevard. Qu'il est bon de sentir encore, alors que le jour à presque déjà passer le relais à la nuit, l'agitation dans la rue. Les gens passent, discutent, rient, lorgnent sur les vitrines qui exposent leurs articles plus ou moins couteux et leurs sulfureux mannequins. Les voitures, qui font à part entière partie du paysage, de l'âme même de cette ville, dévale l'immense rue à toute allure. Au dessus, des fenêtres s'ouvrent puis se referme, les lumières commencent à illuminer l'intérieur des grands appartements. Dehors, le premier lampadaire vient soudain de s'illuminer, aussitôt suivit par ses congénères puis les boutiques. Il fait froid, ce soir, sur la terrasse chauffée du Café de la Sorbonne. Mais qu'il est bon, ce froid mordant quand il parcourt de long en large le Boulevard Saint Germain sans pour autant dissuader le monde de sortir ! Le serveur qui apporte la commande va arriver. Je le vois déjà, sillonnant entre les tables, le plateau tenu en l'air, d'une main. Rapidement, il vient déposer sur la table les deux tasses. « Café et capuccino pour ces dames. » Je lance un sourire complice à ma mère, assise en face de moi à la vue de la grande tasse posée devant moi recouverte d'une épaisse couche de lait mousseux. Ce petit bout de soirée entre filles démarre vraiment bien. Je songe avec plaisir que, malgré les crises et compagnie, on peut être une ado et aimer partager ce genre de moment avec une mère. Faire des châteaux en Espagne et les lui confier. Cela m'arrive souvent. Ce soir, je m'imagine, étudiante littéraire à la Sorbonne. Je suis assise, à cette même table entre deux heures de cours. Devant, la rue est différente. Le soleil l'illumine et les passants sont encore plus nombreux. Forcément, il est à peine quatorze heures. Face à moi, il y a un étudiant. Mon homme à moi. Ma mère sourit : je suis tellement romantique. En soupirant et en me promettant de tout faire pour que ce rêve là se réalise, je pose mes mains froides sur la tasses brulante j'entame ma boisson, me fabriquant au passage une moustache mousseuse de lait. Nous rions ensemble, à l'unisson avec deux amies qui se jettent l'une dans le bras de l'autre, à quelques pas de notre table. Je les regarde, attendrie bien qu'elles soient sûrement plus âgées que moi. La vie est belle, et j'ai comme l'impression qu'elles sont là pour le souligner. Mon sourire s'étire tandis que je porte ma tasse à mes lèvres. Il y a ce café. Il y a les gens. Il y a les rêves. Il y a... Paris. Il en faut peu pour être heureux... »

# Posté le dimanche 30 novembre 2008 12:14

Modifié le samedi 25 juillet 2009 09:05